
MATHIEU ARSENAULT - Si le français était autrefois, à l’époque de la colonisation française, voué à l’épanouissement en Amérique du Nord, c’est plutôt une histoire complètement différente qui s’est écrite quant à la situation de notre langue. Au fil des siècles, la langue française s’est grandement détériorée en Amérique du Nord, perdant progressivement de l’ampleur et de l’importance au profit d’un dialecte né de racine germanique : l’anglais. Étant actuellement entouré d’une marre anglophone, le français est assurément en situation précaire et tente tant bien que mal d’échapper à la redoutable uniformisation et propagande de la culture américaine. Cette domination anglo-saxonne s’est également transmise dans le sport professionnel, notamment au hockey, sport qui, malgré tout, est bel et bien né en sol québécois. En effet, au gré des saisons de la Ligue Nationale de Hockey (LNH), plusieurs facteurs ont significativement influencé, tant positivement que négativement, l’importance de la langue de Molière dans le hockey. Parmi ces facteurs, on peut noter la création du Canadiens de Montréal qui, somme toute, n’est pas si bénéfique qu’elle pourrait paraître. De plus, on y retrouve l’entrée en scène des Nordiques de Québec dans la LNH et la fameuse rivalité Canadiens-Nordiques qui en découle. Finalement, mon troisième aspect évaluera la situation du Français dans la LNH actuelle.
Premièrement, le Canadiens de Montréal était, contrairement à la pensée populaire, un véritable couteau à double tranchant quant au cheminement de la langue française dans la LNH. Au début de son histoire, le Tricolore était incontestablement la représentation sociale même des « Canayens », comme on s’amusait à nommer la population canadienne-française à l’époque. En effet, le triplé bleu-blanc-rouge ne pouvait faire référence qu’aux couleurs nationales de la France , tandis que le rouge particulier qu’arbore encore aujourd’hui le maillot des Glorieux représentait la pigmentation de la tuque typique des ouvriers canadiens-français à l’époque . À la base, le Canadiens était une concession purement francophone, ne comptant que des joueurs québécois parmi ses effectifs. Elle connut de grands succès, mais la nécessité de gagner et le désir des propriétaires à renflouer leurs coffres débuta à l’emporter sur la provenance de son effectif. À partir des années 1940, la majorité québécoise au sein de l’équipe se répétait de moins en moins . La présence massive et majoritaire de joueurs aux origines canadiennes-françaises n’était dès lors plus une priorité pour le Tricolore. Ce relâchement de la part de la direction du Canadiens n’avait point été bénéfique pour le français, car encore une fois, les anglophones venaient empiéter sur nos « plates-bandes québécoises ». Toutefois, cela n’avait point empêché le Canadiens au fil des saisons de compter parmi ses rangs des Québécois qui se sont révélés être de véritables héros nationaux tels Maurice Richard, Guy Lafleur, Jean Béliveau, Jacques Plante, Patrick Roy, Georges Vézina, etc. Tous ces joueurs de renommée mondiale furent de véritables tremplins tant pour la langue française que pour le nationalisme québécois à l’époque où les ouvriers canadiens-français étaient tapis dans l’ombre de la domination anglo-saxonne. Donc, on peut remarquer que le Canadiens de Montréal a grandement contribué au développement du français et à l’identité culturelle des Québécois par sa composition strictement francophone au tout début de son histoire et par les héros tant idolâtrés par les Québécois qu’elle a comptés parmi ses rangs au fil de ses nombreuses saisons. Toutefois, on remarque également que le désir de performer et de faire tourner « la machine à bidous » l’avait emporté sur le désir de composer avec un effectif strictement canadien-français, ce qui n’a évidemment pas plaidé en faveur de la langue française. La majorité des gens ne semble toutefois pas en être consciente. Était-elle justement aveuglée par les performances magistrales de ses héros nationaux?
Deuxièmement, l’arrivée des Nordiques de Québec et la rivalité Canadiens-Nordiques qui en découle avaient plus que contribué à raviver le nationalisme québécois et la francophonie, qui avaient été quelque peu délaissés par les Canadiens de Montréal pour les raisons précédemment expliquées. Dès leurs premiers coups de patin dans la LNH, l’identité québécoise et la francophonie étaient déjà mises en valeur et clairement véhiculées par les « Bleus ». Sa coopération avec le Parti Québécois afin d’ajouter les fleurs de lys sur le maillot de l’équipe, ses dirigeants purement francophones et son penchant vers les joueurs natifs du Québec en faisaient véritablement foi. Le nationalisme québécois y était tellement puissant qu’on refusait même d’annoncer les buts dans la langue de Shakespeare lors des joutes au Colisée! Dans un autre ordre d’idée, leur pire ennemi à l’époque était incontestablement les Canadiens de Montréal, alors dirigés par un état-major ainsi qu’un personnel entraîneur anglophone. Les deux formations avaient dès lors débuté à se disputer l’identité canadienne-française de la population québécoise par le biais du hockey. Le français et le fait d’avoir une formation majoritairement québécoise avaient donc pris énormément d’importance pour les deux équipes. Le Canadiens n’avait eu guère le choix de s’adapter, car les Nordiques s’appropriaient de plus en plus de partisans dû au fait qu’elle était l’équipe identitaire du peuple Québécois. Miné par les oppressions de la population, le Canadiens n’eut d’autres choix que d’enrôler Ronald Corey à titre de président de l’équipe ainsi que Serge Savard, Jacques Lemaire et André Boudrias afin de succéder aux anciens entraîneurs anglais . Non seulement le Canadiens dut composer avec un état-major francophone, mais il dut également s’ajuster quant à son effectif : il devait imiter les Nordiques et leurs 15 joueurs francophones et engager davantage de Québécois. Cet aspect fut donc une véritable opportunité à plusieurs joueurs francophones de se faire valoir puisque les deux équipes étaient à la recherche des meilleurs prodiges québécois. Toutefois, dès 1982-1983, la direction des Nordiques de Québec, ayant goûté au succès la saison précédente, avait opté pour la même avenue que les Glorieux à l’époque : le « cash » plutôt que les Québécois. Les francophones y étaient donc de moins en moins majoritaires au fil des saisons. Cependant, la langue française n’en fut pas drastiquement affectée, car le Canadiens de Montréal venait de reprendre le flambeau de la francophonie. En effet, les Nordiques avaient réorienté le Tricolore vers la route du Québec et de la francophonie. « S’il y avait trois Québécois dans cette formation, le Canadien s’assurait d’en avoir le double. Quand il y en avait cinq, Montréal en comptait plus de 10. » , explique Bertrand Raymond. Donc, on peut remarquer que la rivalité Canadiens-Nordiques a véritablement contribué à l’importance de la langue française dans la Ligue Nationale de Hockey.
Troisièmement, malgré les efforts remarquables du Canadiens de Montréal et des Nordiques de Québec au niveau du français à l’époque, la situation de la langue de Molière dans la LNH a considérablement changée. En effet, selon Bob Sirois, auteur du livre « Le Québec mis en échec », la province de Québec est véritablement victime de discrimination quant à l’épanouissement professionnel de ses joueurs de hockey. En effet, seulement un Québécois sur 618, contrairement à un Canadien-anglais sur 334, est repêché dans la LNH . Cela pourrait-il s’expliquer par le fait que pas moins de 12 des 30 formations de la LNH n’ont même pas un seul recruteur affecté en sol québécois? Malheureusement, ces repêchages pro anglophones nuisent grandement à la langue française dans la LNH. Actuellement, on ne répertorie que 78 joueurs francophones, dont 52 Québécois, dans la formation partante des équipes pour la saison 2011-2012 . Même le Canadiens de Montréal, qui historiquement était dédié au peuple Québécois, ne compte plus que trois francophones : Yannick Weber (Suisse), Mathieu Darche (Québec) ainsi que David Desharnais (Québec). Paradoxalement, la palme de la francophonie pourrait actuellement être dédiée aux… Lightning de Tampa Bay! Actuellement dirigés par un personnel entraîneur majoritairement francophone, les « Bolts » comptent également sur six joueurs francophones, dont 5 Québécois! Ils excèdent ainsi largement la piètre moyenne de 1,8 Québécois par formation! Dans un autre ordre d’idée, le Québec représente 23% de la population canadienne. Or, les joueurs québécois, eux, ne représentent que 13% des joueurs canadiens en activité . Bref, tous ces facteurs démontrent bien qu’il y a une mal répartition entre les Canadiens-français ainsi que les Canadiens-anglais dans la LNH, et le français en souffre sérieusement; sa situation en est même alarmante.
En conclusion, au gré des nombreuses saisons de la Ligue Nationale de Hockey, plusieurs facteurs ont bel et bien influencé l’importance de la langue française. On peut noter l’implantation en 1909 d’une équipe exclusivement francophone à Montréal, le Canadiens. Un peu plus récemment, l’arrivée des Nordiques de Québec dans la LNH en 1979 ainsi que la légendaire rivalité Canadiens-Nordiques qui en découle. Toutefois, la situation a bien changé. Nous sommes actuellement témoins d’une fulgurante chute de la francophonie et de la culture québécoise dans la LNH. Il faudrait donc se pencher sur le problème dans le but de trouver diverses solutions qui pourraient freiner cette « dégringolade francophone » au sein de la ligue. Plusieurs grandes têtes du hockey québécois étudient actuellement le dossier et en sont venu à une solution hypothétique, quoique trop précoce pour s’énoncer avec certitude sur ces retombées. Cette solution : le retour d’une équipe à Québec! Nous savons très bien que la ville de Québec déploie présentement de nombreux efforts afin de rapatrier une concession de la LNH. Est-ce que le retour des Nordiques coïnciderait avec une nouvelle effervescence franco-québécoise à travers la LNH comme ce fut déjà le cas historiquement? Espérons-le!